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Le grand craquage : s’épuiser à petit feu
On a beaucoup parlé de la grande démission du « quiet quitting ». Mais un autre phénomène, plus discret, décrit sans doute mieux ce que vivent aujourd'hui bon nombre de salariés.
Le travail n’est pas qu’une affaire d’engagement ou de désengagement
Depuis quelques années, on présente volontiers le rapport au travail en deux camps : d’un côté, les salariés engagés et de l’autre, ceux qui auraient décroché.
Le « quiet quitting » illustre ce second camp : faute de reconnaissance, de confiance ou de sens, certains se mettent volontairement en retrait, limitent leur implication au strict nécessaire et vont chercher ailleurs ce que le travail ne leur apporte plus.
C’est un choix, qui peut se discuter, mais qui interroge en soi le lien entre un salarié et son entreprise.
Pourtant la réalité est rarement aussi tranchée : entre l’engagement total et le retrait délibéré, il existe une zone grise, beaucoup plus peuplée, et bien moins visible.
Quand on tient, jusqu’à ce que ça lâche
C’est cette zone que décrit un terme apparu récemment, le « quiet cracking ».
À la différence du « quiet quitting », il ne s’agit pas de se retirer, mais de continuer justement.
Les personnes concernées restent consciencieuses, maintiennent leur niveau de performance, honorent leurs missions.
De l’extérieur, rien ne se voit, mais en eux l’érosion est réelle.
Cela se traduit, par exemple, par une fatigue mentale qui ne passe pas, une forme de brouillard, une concentration plus difficile, une motivation qu’il faut aller chercher de plus en plus loin.
Parfois aussi, par de petits signaux physiques, ou par un arrêt posé pour un motif annexe qui en dit plus long qu’il n’y paraît.
Un contexte qui brouille les repères
Si ce phénomène gagne du terrain, ce n’est pas un hasard.
Tensions géopolitiques, bouleversements liés à l’intelligence artificielle, instabilité économique et politique : dans un environnement aussi incertain, beaucoup d’organisations peinent à fixer un cap et à offrir une vision lisible. Or, cette incertitude ne s’arrête pas à la direction et elle traverse aussi toute la chaîne managériale. Et quand un manager y voit moins clair sur l’avenir, les salariés qu’il encadre y voient moins clair aussi.
C’est là que la mécanique devient préoccupante : le salarié qui s’est mis en retrait se protège, d’une certaine manière, puisqu’il n’engage plus ses ressources. Mais celui qui continue de s’impliquer, lui, puise dans les siennes sans relâche, précisément parce qu’il reste mobilisé.
Il s’épuise d’autant plus vite qu’il s’efforce de tenir.
Un coût humain, et un coût pour les organisations
Ce mal-être indiscernable est loin d’être marginal.
En 2025, une étude de la plateforme TalentLMS indiquait que plus d’un salarié sur deux ressent un mal-être professionnel persistant, et qu’un sur cinq l’éprouve en permanence.
De son côté, le rapport de Gallup sur le travail dans le monde estime que la seule baisse de l’engagement des salariés sur la dernière année a coûté à l’économie mondiale près de 438 milliards de dollars.
Le problème tient à sa nature invisible : faute d’espace et de mots pour en parler, rien ne peut être régulé avant que la rupture soit là.
Le mécanisme rappelle la fracture de fatigue chez le sportif : des micro-fissures imperceptibles s’accumulent, puis survient, en apparence sans prévenir, la cassure : le burn-out, le départ brutal ou la rupture demandée du jour au lendemain.
En apparence seulement, car le signal était bien là mais personne n’a su le lire à temps.
Retrouver de la lisibilité, avant la rupture
Or ce qui limite ces effets est étonnamment simple. Les études convergent : dès qu’une personne se sent réellement écoutée, les effets négatifs reculent nettement.
Encore faut-il un endroit pour cela. En parler à son manager n’est pas toujours évident, par crainte du faux pas ou faute de savoir par quel bout aborder le sujet.
C’est précisément ce que propose Mon conseil en évolution professionnelle : un conseiller, extérieur à l’entreprise, aide à mettre des mots sur ce qui se joue, à repérer les marges de manœuvre qui existent encore (un parcours possible en interne, une formation, une évolution) et à préparer l’échange que l’on n’osait pas engager avec son employeur.
Pour les entreprises, c’est aussi un appui qui peut tout changer : mobilisable à l’initiative du salarié, ce service public gratuit et confidentiel, ouvert à tous les salariés du secteur privé, comme aux indépendants, enrichit la palette de réponses qu’une organisation peut proposer à ses salariés, qui favorise un dialogue constructif et porteur d’avenir.
L’enjeu, au fond, est de transformer un « pour l’instant je tiens, mais je ne sais pas pour combien de temps » en « je tiens, je sais pourquoi, et je vois quelles portes restent ouvertes ».
Article rédigé par Avenir Actifs Bretagne
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